RENCONTRE
AVEC LE FILA DE SÃO MIGUEL.
Courant
juin 2003 j’ai accompagné pendant
cinq jours, deux journalistes français durant le tournage d'un reportage
sur le Cão de Fila de São Miguel aux Açores.
Ce
voyage était pour moi l’opportunité de mieux percevoir la réalité de
cette race au contact de ses acteurs en milieu rural et urbain et de
rencontrer les personnes qui ont influencé son passé récent dans la
cynophilie moderne.
São
Miguel, située dans l'Océan Atlantique à deux heures d'avion de
Lisbonne, est la plus grande île de
l'archipel des Açores. Avec une superficie de 759,41 km², 65 km de
long et 16 km dans sa plus grande largeur. L’île est composée de deux
massifs volcaniques séparés par une cordillère centrale de basse
altitude. Le point le plus haut ; Pico de Vara, avec 1080 m. se situe
dans le massif oriental. Les cratères de Séte Cidades, Fogo
et Furnas présentent de merveilleux lacs d’eaux cristalines.
Dés
le premier jour, il me semble impossible de ne pas croiser ces chiens.
Dans les
cours des fermes, attachés à l’arrière des pick-up’s, des tricycles
motorisés ou veillant sur des bidons de lait, ils sont partout !

Plus rarement, je croise de jeunes sujets au
bout d’une corde promenés par des adolescents ou des enfants. Parfois
également, je les surprends vagabondant dans les ruelles des villages ou
à travers champs.
Leur nombre semble considérable.
J’apprendrais par la suite auprès du Dr.
Fatima Cabral qu’ils seraient plus de deux mille à vivre ainsi sur un territoire
onze fois plus petit que la Corse.
C’est
auprès des agriculteurs que ce trouvent la grande majorité des
filas. On peut considérer trois principales fonctions qui influenceront
le comportement de l'animal et ses conditions de vie: Conduite du troupeau,
garde du troupeau et du matériel de traite et enfin garde de la maison.
conduite
de troupeau.
C’est
sans doute le sujet le plus sociable envers l’homme étant habitué à
se déplacer en sa compagnie et en liberté y compris en milieu urbain.
 
Très obéissant, il forme une sorte de binôme avec son maître et fait
preuve d’une redoutable efficacité tant dans le traitement en douceur
des vaches laitières que dans celui plus rugueux des génisses qui ont été
laissées en liberté durant plusieurs mois avant qu'elles n’aient
atteint l’âge de la reproduction. Sur ces dernières il ira jusqu'à les
immobiliser par une prise au niveau du jarret permettant ainsi au berger
d’attacher l’animal en toute sécurité.
Très intuitif il se déplace à la manière d’un félin, se plaçant
toujours de façon stratégique, mais attendra toujours l’ordre de son
maître pour intervenir.
Vis à vis des personnes il reste un chien duquel il est prudent de se méfier.
Il ne sera pas facile d’obtenir de lui des manifestations de sympathie et
reste un gardien incorruptible.
garde
de troupeau ET DU MATERIEL.
Les
sujets destinés à la garde du troupeau seront souvent enchainés dés leur plus jeune âge dans les prés. 
Les femelles ne retourneront à la ferme que lors des mises-bas.
Ce sont les filas soumis au plus dures conditions de vie. Pour certains,
ils rejoignent les troupeaux dés l’âge de sept semaines et sont délibérément
traités avec rudesse par leur maître afin de développer leur agressivité
naturelle et de l'amener à des niveaux très élevés.
Leur nourriture
est surtout constituée de lait coupé d’eau. Ils subissent les intempéries
(vents
fréquents à plus de 100 km/h, fortes précipitations)
et la chaleur des mois d’été (parfois
sans eau à disposition entre la traite du matin et celle du soir)
avec pour seul abri le dessous de la machine de traite.

Lorsque le pré est sufisament retiré des voies de circulation et des
populations, les mâles sont en liberté tandis que les femelles restent
attachées. Chez ces sujets mâles la castration est assez courrante pour
éviter les fugues.
Leur utilisation en tant que conducteurs du troupeau semble être
occasionnelle. Tous ces chiens présentent des signes de vieillissement prématuré.
GARDE DE LA MAISON.
 A
l’instar des gardiens de troupeau, les chiens utilisés pour la garde de
la maison son souvent enchainés et leur agressivité exacerbée par
quelques brimades durant leur jeunesse afin d’en faire un gardien très
dissuasif. Cependant, il reste très docile avec sa famille, et accepte
volontiers les jeux avec les enfants.
Son menu est plus diversifié, ayant accés aux restes de repas. Il
dispose d’un abri où se réfugier par mauvais temps ou fortes chaleurs.
Olivério
et Tirano.
Personnage
haut en couleurs, Olivério porte son amour pour cette race tatoué sur
son bras gauche, côté coeur. Âgé de 41 ans il a commencé son métier
de berger à l’âge de 12 ans
et cotoye les filas depuis toujours. Il possède actuellement un chien de
6 ans
nommé Tirano qu'il utilise pour la conduite des troupeaux. Ce
chien est époustouflant d'efficacité et de talent. Et comme si ce
n'était pas suffisant, il est également Champion du Portugal de beauté.
Six
heures du matin, je vais suivre Olivério et son chien toute la matinée
afin d'assister à leur travail.
Arrivés aux pâturages vers 6h30, Tirano qui jusque la semblait endormi,
se montre d'une extrème vigilance. A peine descendu de la remorque du
tracteur où il s'instala pour voyager, il se dirige vers les vaches qui
se trouvent le plus à l'écart du troupeau. Là, il attend immobile, le
regard fixé sur Olivério, l'ordre d'intervenir. A l'injonction bruyante
de son maître, Tirano répond par une vive morsure sur la vache qu'il
avait approché, il là suit ensuite en investissant régulièrement les
jarrets de la vache jusqu'à ce qu'elle ait repris sa place dans le
troupeau puis retourne se placer auprès d'un autre bovin écarté.
Je suis surpris par le peu d'ordres que Olivério doit donner pour diriger
son chien. L'intuition du fila ne semble pas être un vain mot !
Aussitôt le bétail regroupé autour de la machine à traire Tirano part
sans attendre s'installer sous la remorque du tracteur et semble
s'endormir à nouveau, ouvrant de temps à autre un oeil inquisiteur.
ELEVEURS
PASSION.
Samedi
14, j'accompagne mon ami António Luís Pimentel éleveur sous l'affixe
"Da Mata do Eucalipto" à la 6ème Exposition Internationnale de
Vila Franca do Campo. António a accompagné tout le travail de
reconnaissance de la race initié dans les années 80. A seulement 14 ans
il exposait déjà ces sujets qui allaient devenir la base de son
élevage.
Arrivés au lieu de l'exposition, je retrouve là tous les éleveurs passionnés qui
écrivent depuis deux décénies l'histoire récente de la race; Rui Teixeira, éleveur sous
l'affixe "Casa da Praia", João Camara et Ricardo Pacheco entre
autres.
J'ai également eu le plaisir de discuter avec M. Couto Teves,
Président du Club Portugais du Fila de São Miguel et de débattre
longuement avec le Dr. M. de Fátima Cabral sur le standard et certains
problèmes présents dans la race.
Beaucoup
reste à dire mais je termine ici en remerciant toutes ces personnes pour
leur accueil chaleureux et leur passion communicative.
Au plaisir de les revoir bientôt !
Anibal
Ferreira - juin 2003
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